mardi 17 juin 2008

SAMARCANDE... où le rendez-vous manqué.

>Conte oriental.


Depuis plusieurs jours Saïd a quitté Samarcande et marche sur la piste désertique qui mène à Ispahan.
Son génie protecteur lui avait confié qu' Elle avait rendez-vous avec lui dans quatre jours exactement, au soir, à Samarcande.
Puisqu'il n'avait jamais quitté Samarcande auparavant, Elle ne pouvait évidemment le rencontrer que là...
Il se sentait pourtant bien dans sa peau. Encore jeune. La vie était belle et il pensait que c'était quand même un peu tôt pour La rencontrer...
Alors, il avait décidé de partir et comme il avait la passion des roses, il s'en alla vers Ispahan.
Mais au détour d'une colline de sable ocré, il se trouve soudainement en face d'Elle.

La Faucheuse !
Encore plus repoussante qu'il ne l'avait imaginée...
Squelette noirâtre, d'où pendent quelques lambeaux de peau tannée et quelques loques de ce qui avait pu être une tunique. Elle barre la piste de sa faux rouillée.
Elle parait aussi stupéfaite que Saïd !
- Où vas-tu ainsi, Saïd ?
- Je vais à Ispahan.
- Mais tu ne dois pas aller à Ispahan, puisque c'est à Samarcande que j'ai rendez-vous demain, avec toi !
- Justement... et comme je n'ai aucune envie de te rencontrer, j'ai décidé d'aller à Ispahan...
- Tu dois retourner à Samarcande !
- Non ! Je n'irai pas à Samarcande et de tout façon je ne pourrai plus y arriver avant l'heure de notre rendez-vous et alors, il sera trop tard pour toi !... D'ailleurs, c'est ton problème... pas le mien ! Allez, sors-toi de mon chemin et laisse-moi passer.
Et puis tu es vraiment trop laide !
La Mort reste figée sur place, indignée. C'est bien la première fois que ses projets sont contrariés et qu'en outre, on lui parle sur ce ton !
Saïd la contourne avec répugnance, reprend sa marche et bientôt disparait derrière l'horizon.

La Mort se ressaisit et comme elle a quelques pouvoirs, elle se met à creuser fébrilement deux trous dans le sol, qu'elle relie par un sillon. Invoquant le ciel, l'enfer et les quelques génies malins qui traînent toujours dans le désert à l’affût d’un mauvais coup, elle proclame que le premier trou est Samarcande et le second trou Ispahan. Puis, prennant avec quelque difficulté la terre jaune entre les os de ses mains, elle verse la terre du premier trou dans le deuxième et celle du deuxième dans le premier.
Satisfaite, Elle ricanne bruyamment des quelques chicots qui lui restent et reprend sa marche en se disant que Saïd se retrouverait à Samarcande, pensant arriver à Ispahan...
Saïd, qui n'a pas de pouvoirs particuliers, mais une bonne cervelle dans les os de son crâne, pense, lui, que la Mort ne lâchera pas sa proie et se mettra à sa poursuite !
Alors, il s'arrête, réfléchit et fait demi-tour en sortant de la piste pour ne pas risquer de La rencontrer.
C'est ainsi que croyant retourner à Samarcande, il se retrouve, malgré tout à Ispahan, tandis que la Mort le cherche vainement dans toutes les ruelles de Samarcande

La légende dit

qu’il vécut de
de nombreuses
années,
qu’il épousa
une jeune
veuve,
belle,
vertueuse
et bonne
ménagère
et qui’il éleva
les roses les plus merveilleuses qui se puissent imaginer...
...mais bien sûr, c’est une légende

...parce qu’il n’y a plus de roses à Ispahan !

vendredi 13 juin 2008

la photo du jour



Enfin ! Elle s'est brisée toute seule, cette énorme branche dangereuse, trop haute pour la scier et trop longue pour ne pas faire de gros dégâts, si on lui coupait le tronc ! Ouf !
En prime, c'est un gros morceau du tronc qui s'est cassé.
Maintenant on va pouvoir abattre la totalité de l'arbre et prévoir son remplacement par un superbe platane au centre de ce grand carré dégagé.

lundi 9 juin 2008

LA MANIF

En 1995, j’avais proposé le texte suivant au Figaro magazine, qui bien évidemment, ne l’a pas publié !...
Le sujet étant plus que jamais d’actualié, je l’ai légèrement remanié et le propose à votre appréciation.


Lettre ouverte à mes copains socialistes.

Chers camarades, dans un Paris encombré, les défilés succèdent aux défilés, les manifestations aux manifestations. Il n’y a pas de jours sans qu’une quelconque “coordination”, une quelconque association, des grévistes, des citoyens en colère, des défenseurs de telle vieille bâtisse ou des cafards mordorés, des “artistes” du théâtre de trottoir, ne promènent leurs défilés braillards, monopolisant le pavé parisien, emm... tout le monde et paralysant la vie économique... à leur propre détriment !

Il faut bien reconnaître que ces manifestations font maintenant partie de notre riche folklore parisien.
En conséquence, je propose un projet constructif:
Que plusieurs hectares de terrain nu, ou mieux encore des terrains militaires inutiles, dans la périphérie des grandes aglomérations urbaines, soient consacrés exclusivement à ces manifestations.

Cela aurait toutes sortes d’avantages, sans parler de la satisfaction des citadins qui ainsi seraient plus favorables aux revendications (toujours légitimes) et aux nobles causes défendues.

Ces lieux seraient, évidemment, aménagés en conséquence, créant en outre un certain nombre d’emplois permanent :
Un centre de planning informatisé gérerait le programme des défilés.
Un centre de presse permanent, doté de moyens techniques, permettrait à celle-ci de “couvrir” à moindre frais les manifestations.
Des services de ramassage des tracts, canettes, ivrognes, etc...
Et, bien sûr, toutes sortes de petits commerces trouveraient place dans un village artisanal : frites et merguez, maquilleurs, peintres sur calicots, masques et déguisements, location de trompettes et porte-voix, tambours et steel-bands, drapeaux, sono avec CD de slogans pré-enregistrés et bien sûr,une antenne médicale.
Des tribunes seraient également construites pour le plaisir des supporters ou des touristes japonais.

A quelques encâblures, un village, ou plutôt une arène, serait construit à l’attention des casseurs.
Cela pourrait donner du travail aux ouvriers spécialisés des anciens studios de cinéma disparus.
Il y aurait un stock de voitures-à-renverser, des vitrines fictives, des cabines téléphoniques en contre-plaqué, des “keufs” en carton pâte et une enceinte blindée pour les badauds amateurs. Chaque casseur, au vu de sa licence amateur, recevrait un sac de boulons, un autre de pierres calibrées et une batte de base-ball.

Des concours pourraient être organisés : le défilé le plus long, le plus bruyant, le plus coloré, etc...
Il va de soit que le côut d’une seule grève d’un “service public” financerait aisément l’ensemble du projet. Une modeste contribution serait demandée aux organisateurs des manifs, mais un tarif dégressif serait consenti, dont pourrait notamment profiter FO. et la CGT.

Camarades, Je doute que cet ambitieux projet, parfaitement cohérent et réaliste, soit retenu... mais en ces temps de “morosité” ambiante, il faut bien rigoler un peu !


LA MANIF: aluminium, petites cuillers en inox, sur plaque de cuivre et enrobage résine.